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Biennale d’art arabe contemporain: L’art plastique marocain à l’honneur à Tunis

CULTURE Z- NEWSLETTER (apm) / 04 décembre 2019
Biennale d’art arabe contemporain: L’art plastique marocain à l’honneur à Tunis

La Biennale de Tunis d’Art Contemporain, qui se tient du 29 novembre au 22 décembre courant, a fait la part belle à l’art plastique marocain, désormais promis à un meilleur avenir.

Ce rendez-vous incontournable, qui met à l’honneur l’art plastique, donnera à voir des œuvres artistiques de quatre artistes-peintres marocains avec pour objectif ultime de donner une visibilité mondiale à la peinture marocaine.

Les artistes Rachid Bakhouz, Laila Iraki, Abdelaziz Lourhraz et Said Ezraib tenteront ainsi, à travers leurs œuvres, de faire découvrir au public tunisien et à d’autres visiteurs les multiples aspects et l’universalité du mouvement artistique marocain.

Approché par la MAP, Rachid Bakhouz a révélé que sa quête et ses nouvelles expérimentations artistiques intègrent à la fois « matière et support » dans une démarche plastique contemporaine, mais cela ne l’empêche pas de rester inscrit dans l’esprit des travaux artistiques antérieurs centrés symboliquement sur les thèmes de l’immanence et de la transcendance.

Selon Bakhouz, qui participe à cette Biennale avec une œuvre d’art contemporain (Réfection 1), une performance vidéo (Réfection 2) et une toile inscrite dans l’art moderne, son souci consiste à combiner entre différentes démarches plastiques dans un esprit à la fois d’analyse et de synthèse.

C’est que sa réflexion et son art accordent une place majeure à la question des « lettres », à leur signification et à leur symbolique.
Il s’agit, en fait, d’une démarche emblématique liée à son ressenti de « vivre dans la beauté latente des lettres, afin d’en saisir et restituer leur idéal ou potentiel réformateur ainsi que leur interaction avec plusieurs champs socioculturels ».

« Plusieurs de mes œuvres montrent des lettres enchevêtrées, porteuses à la fois d’énergie et de questionnements, qui nous interrogent sur la nature et la qualité de la communication, parfois en crise entre les individus ou entre les cultures », explique-t-il.

Ces œuvres, note-t-il, sont également porteuses d’un espoir qui vient d’abord de l’art lui-même, de la beauté qu’il offre et aussi des ponts de communication qu’il instaure.

C’est pour cela que dans ses œuvres contemporaines, l’artiste plasticien associe cette symbolique des lettres, issue de son jardin secret, à un concept de créativité qui se réfère à toutes les cultures et religions.
Loin de toute conflictualité ou discrimination, il manifeste ainsi un but clair d’interculturalité et de synthèse entre différentes croyances, approches ou convictions.

Bien qu’imprégné et lié à sa culture initiale, l’artiste d’aujourd’hui, dit-il, est conscient de la nécessité de l’ouverture sur un monde globalisé. Ces conceptions sont parfaitement traduites par une installation (appelée Réfection 1) composée d’une bassine de lavage emplie de lettres (en découpe de bois) issues des alphabets « arabe », « latin » et « hébraïque ».

La bassine est pourvue de savon et de la planche traditionnelle de lavage.
Pour l’artiste, c’est un lavage symbolique des lettres et de la parole de ces préjugés, malentendus, quiproquos et jugements de valeur, source de mauvaise communication entre les personnes ou entre cultures.

Pour la performance vidéo (Réfection 2), elle montre explicitement un personnage féminin en train de laver ces lettres au bord d’un plan d’eau. Ce sont différents registres alphabétiques liés à des sphères culturelles et linguistiques qu’il s’agit d’inscrire métaphoriquement dans la réconciliation et la coexistence.

D’après l’artiste, sortir la lettre de la toile classique et l’inscrire dans la spatialité, les formes et volumes que permet l’art contemporain est une technique aussi pour renforcer la représentation métaphorique.

Pour ce qui est de sa troisième œuvre à cette Biennale, il donne à voir une peinture qui porte le style qui le distingue. Il s’agit toujours de l’équation de la lettre, mais là avec un autre médium.

La peinture intervient pour construire des formes, dégager des couleurs, jouer sur les volumes et gérer la luminosité et la lumière sur la toile.
Pour Rachid Bakhouz, il s’agit d’éléments graphiques immédiatement lisibles qui s’imposent au regard, tout en connotant une profonde spiritualité et aussi une certaine sensualité de la transcendante.

Le jeu symbolique du visible et de l’invisible est également présent dans ses toiles. Il en fait dégager une métaphore personnelle portant sur la « lumière de l’invisible » qui « percerait à travers le labyrinthe du visible ».

Sur le plan des techniques picturales, il explique que la composition présente un réseau de traces graphiques qui fragmentent la surface de l’œuvre en une gestualité plus ou moins régulière.

Cela permet de créer une ligne de force le long de la verticalité et de l’horizontalité, conférant un effet de dynamisme qui rompt avec la platitude.

Inscrit dans la recherche et l’expérimentation, Rachid Bakhouz, qui a aussi une carrière internationale importante, est soucieux de renouveler son acte pictural sans se départir de sa spontanéité créative.

Il cherche aussi à définir de nouveaux éléments de sa grammaire plastique tout en capitalisant sur le patrimoine culturel du Royaume.
L’artiste peintre sculptrice Laila Iraki expose, quant à elle, son « Poupiya » qui est née d’une envie de « ressortir l’enfant qui est en nous avec tout le côté insouciance, innocence, enthousiasme joie de vivre ».

Après la gravure et la sérigraphie, le dernier né de sa curiosité insatiable « Poupiya » constitue une unité parmi une petite série de sculptures en grillage de poule.

Après plusieurs années passées à enseigner à la faculté de Médecine de Casablanca, la peinture s’est imposée comme une nécessité à Laila Iraki qui a participé, depuis 2011, à de nombreuses expositions aussi bien au niveau national qu’international.

Quant à AbdelAziz Lourhraz, il a participé à plusieurs expositions artistiques collectives et individuelles locales notamment à Agadir, Casablanca, Essaouira, Marrakech et Rabat.

La peinture de cet artiste plasticien, qui a aussi pris part à un grand nombre d’expositions internationales en Hollande, France, Argentine, Espagne, Allemagne, Macédoine, Liban et Egypte, s’inscrit dans une mouvance récente de la pensée esthétique marocaine.

D’inspiration purement lyrique, sa trajectoire est définie par l’exploration de la réalité intérieure et le surgissement du moi-profond.
S’éloignant de l’intelligence raisonnante et de tout contrôle de son instinct, ce professeur des arts plastiques natif de Youssoufia donne libre cours à sa spontanéité, cédant le pas à la découverte sensorielle, révélatrice de l’ultime vérité.

Pour sa part, Said Ezraib présente un travail pictural qui reflète un dynamisme composé de trait et de matière à travers lequel il exprime ses motivations sensibles et profondes.

Natif en 1985 de Oued-zem, ce lauréat de deux prix internationaux a participé à plusieurs expositions nationales et internationales notamment en Espagne, Koweït, Jordanie et en Arabie Saoudite.

La participation de ces artistes à la Biennale de Tunis d’Art arabe contemporain a permis aux spécialistes et amateurs d’art tunisiens d’être au fait d’une des plus intéressantes recherches et expérimentations dans le champ des arts plastiques qui connait une très forte dynamique dans le Royaume.

Vingt-cinq artistes de pays arabes et cent artistes tunisiens participent à cette Biennale organisée par l’Union des Artistes Plasticiens Tunisiens.

Par Mahmoud El Kali

 

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