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Décès de M. Karim Lamrani: Un personnage inclassable

À LA UNE Z- NEWSLETTER (matin) / 20 septembre 2018 - Par: LA VÉRITÉ avec MAP
Décès de M. Karim Lamrani: Un personnage inclassable

La mort est certes un phénomène ordinaire, mais la disparition d’un personnage de la trempe de Mohamed Karim Lamrani reste un événement qui dépasse les frontières. C’est un repère capital de la vie politique et économique nationale qui vient de disparaître ! Une bibliothèque vivante qui s’est éteinte ! Une perte inestimable pour la communauté de l’entreprise et de la politique, plus particulièrement pour sa famille, la monarchie qu’il a servie avec probité, ses amis au Maroc et à l’étranger.

La loi de l’alternance biologique vient ainsi enlever à l’affection des siens celui qui fut un père attachant, un grand-père formidable, un ami convivial, loyal, mais surtout et avant tout, un homme de caractère, bon, courtois, généreux, avec des convictions sociales et politiques assumées, un esprit brillant doué de qualités et d’un sens des responsabilités exceptionnels.

Des succès reconnus partout

Peu de personnes, dans le contexte où il est né, ont reçu du ciel les mêmes talents que lui afin de pouvoir embrasser toute l’étendue de son expérience entrepreneuriale et d’assumer ses responsabilités d’homme d’État. Il fut six fois Premier ministre. En tous points, son parcours nous offre un tableau digne de son génie et de son éloquence. Aussi, on ne saurait rendre qu’une ébauche imparfaite des dimensions complexes de sa fulgurance et de son autorité morale et gestionnaire. Autodidacte entêté et curieux, Mohamed Karim Lamrani s’est attelé à parcourir, sans se limiter aux frontières des spécialités, le vaste champ des affaires. En agriculture, où il fut pionnier en créant la première société dédiée aux activités de la terre, et d’ailleurs c’est dans cette ferme modèle que sa fille et bras droit Saïda, est venu au monde. En agro-industrie et en industrie pure, sans compter les services où il brilla par des succès reconnus partout y compris à l’étranger.
Mohammed Karim Lamrani, né le 1er mai 1919 à Fès, n’était pas seulement un homme d’affaires, président du Groupe Safari.

Un homme d’État et un entrepreneur inclassable

Il n’était pas seulement ce directeur de l’Office chérifien des phosphates, l’entreprise nationale marocaine qui s’occupe de l’exploitation et de la vente du phosphate, première ressource minière du pays, et de ses dérivés.
Il restera un homme d’État et un entrepreneur inclassable dont le génie de sa gouvernance s’adossait à son agilité mentale, son intelligence intuitive, sa dextérité communicative et son entregent inné qui ont fait le succès des cabinets qu’il a formés. Pour longtemps encore, ses empreintes demeureront indélébiles dans les couloirs de la Primature où il a exercé ses compétences avant de s’éteindre tranquillement, ce jeudi automnal du 20 septembre à l’aube. Tour à tour, sa carrière d’homme public l’a promené à la chambre de commerce et d’industrie de Casablanca comme directeur, au cabinet du ministre de l’économie et des finances Abderrahim Bouabid, le fondateur de l’USFP, soucieux de bénéficier de la compétence et le savoir-faire d’un opérateur économique pétri de qualités professionnelles mais surtout intégre. Bouabid n’hésitera pas d’ailleurs à le proposer au poste de directeur général de l’OCP, entreprise synonyme de la souveraineté économique nationale.
Mohammed Karim Lamrani a été le Premier ministre de six gouvernements du Maroc depuis l’indépendance, tous sous le règne de Hassan II : des 12e et 13e gouvernements (1971-1972); des 18e, 19e, 20e et 21e gouvernements (1984-1994).
En 1984, il est en charge du redoutable dossier du programme d’ajustement structurel, dirigeant les négociations avec les institutions financières internationales auprès desquelles il jouit d’un prestige singulier.
Son nom restera principalement attaché aux moments critiques par lesquels notre pays est passé. C’est pendant ces phases difficiles au cours desquels Hassan II faisait appel à lui, en 1971 après les événements de Skhirat ou en 1984 pour la mise en oeuvre du plan de l’ajustement structurel, qu’il étend toute la profondeur, la vision et l’ouverture de son nationalisme agissant et progressiste. Par la force et la pertinence de ses actions réformistes, Mohamed Karim Lamrani restera toujours vivant et survivra dans la postérité.
La fierté et l’élégance de cet homme chaleureux et énergique étaient une disposition naturelle qui allait de pair avec sa simplicité et son humilité. Un homme entier dont la vie est ancrée dans un champ de principes qu’on croyait perdu à jamais.

L’inébranlable Karim Lamrani

Mohamed Karim Lamrani a été le plus grand contributeur à la construction de la mosquée Hassan II avec 20 millions de dirhams, devant Moulay Ali Kettani 19 millions et le Roi Hassan II 6 millions.
De même que Karim Lamrani a financé la restauration complète du Fondouk Nejjarine à Fès érigé par l’Unesco patrimoine universel.
Il restera dans la mémoire de celles et de ceux qui ont eu le privilège de le côtoyer comme un homme dont le tempérament et le style honorent la condition humaine. Inébranlable à la fois dans sa force tranquille, son indépendance, son éclectisme et son étonnante ouverture d’esprit, il était tellement respecté et redouté que certains lauréats des grandes écoles s’abstenaient de s’aventurer à le contredire de peur de ne pas être à la hauteur. On ne finirait pas d’évoquer tous les aspects attachants de sa foisonnante personnalité. Homme de dialogue et d’expérience, il se faisait le devoir d’aider les autres opérateurs économiques par ses conseils qui se nourrissaient de son riche background et de sa pratique des choses de l’existence. Il avait toujours le mot juste, la bonne dose d’humanité pour apaiser un ami ou une connaissance en proie au doute ou au découragement.

 

  1. Abayara dit :

    C’est un article bien écrit
    Mais je ne sais pas si vous avez bien décrit l’homme

 

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