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La mythique Place Jamaa El Fna

CULTURE Z- NEWSLETTER (apm) / 17 mai 2019 - Par: LA VÉRITÉ AVEC MAP
La mythique Place Jamaa El Fna

Site emblématique chargé d’Histoire et de symboles, et l’un des principaux monuments et sites dont regorge le Maroc, en général, et la ville impériale de Marrakech, en particulier, la mythique Place Jamaa El Fna se trouve plus que jamais face à la nécessité impérieuse de la préservation du patrimoine populaire, et à la déperdition en silence d’un art si séculaire qui faisait son charme, à savoir celui de la “Halqa”.

Cette place publique, dont la notoriété à l’échelle planétaire n’est plus à démontrer, représente le coeur battant de la cité ocre et l’un des espaces les plus privilégiés et les plus prisés de la ville, eu égard à sa portée historique et à la richesse de la culture populaire qu’elle n’a cessé de célébrer depuis de longs siècles.

La Place devait donc toute sa singularité et son charme d’autrefois à ses “Halqa”, qui l’avaient toujours meublé, en offrant aux visiteurs parmi les plus curieux et avides de découverte, toute une panoplie de divertissements et de spectacles hors-pair où spontanéité et talent inné rimaient avec professionnalisme pour créer une ambiance inouïe.

Et ce n’est pas un hasard de voir la Place Jamaa El Fna servir de véritable zone névralgique de la médina, à la faveur de ses spécificités, de son originalité et de son attractivité inqualifiables, devenant ainsi l’un des lieux patrimoniaux mondialement reconnus et ce, après avoir été proclamée en 2001 patrimoine oral et immatériel de l’Humanité par l’Organisation des Nations Unies pour la Culture, l’Education et les Sciences (UNESCO).

Cette Place unique au monde, perpétuellement très animée, située en plein cœur de cette cité millénaire, a toujours été un haut lieu de rencontres très attractif aussi bien pour les amoureux et passionnés de l’art du spectacle que pour les touristes marocains et étrangers, où ils sont subjugués par la magnificence de cet espace culturel qui laisse dégager un aspect très authentique et original, minutieusement préservé aux côtés du riche patrimoine culturel populaire que la Place n’a cessé d’offrir généreusement à ses visiteurs issus des quatre coins de la planète.

Construit sous l’ère des Almoravides lors du Vème siècle de l’Hégire, ce monument emblématique est resté tout au long des siècles passés un espace artistique à ciel ouvert connu par ses grandes figures qui ont excellé dans l’art du conte qui distinguait l’espace dit “la petite place” à Jamaa El Fna, qui était réservée aux conteurs tels que feu Omar Mikhi et feu Abdelhakim El Khebzaoui ainsi que les “maddahas” (chanteurs du madih), vu sa proximité de l’une des mosquées.

Cette petite place jouxte un autre espace amplement animé, connu sous le nom de ”la grande place” qui était investi par plusieurs troupes musicales et populaires, les charmeurs des serpents et les acrobates, entre autres.
Ainsi, un total de 33 “Halqa” meublaient les deux places, dont sept dans la petite, où les conteurs offraient leurs spectacles avec grande aisance et habilité, même si elle abritait à une époque révolue de petits kiosques dédiés à la vente des livres usagés. Néanmoins, le tout était bien organisé et toutes les conditions étaient réunies pour l’effervescence de tous les genres de la “Halqa”.

Cependant, au fil des années, en particulier en 1976, ces conteurs ou “hlayqiya” commençaient à faire face à plusieurs difficultés qui menaçaient la présentation de leurs spectacles et ce, en raison des mutations structurelles qu’a connues cet espace culturel ayant fait l’objet d’une “invasion” de la part d’autres métiers, tels que les propriétaires de stands de restauration en plein air, de vendeurs de jus et de fruits secs, et d’autres professions.

Cette situation a eu pour effet d’engendrer la disparition de certaines “Halqa” comme celles réservées aux conteurs, aux “maddahas” et aux acrobates, au point que les “hlayqiya”, qui sont toujours présents sur la Place Jamaa El Fna, ne peuvent plus exploiter qu’une superficie très réduite à même d’être entassés les uns à côté des autres, sans oublier les spectateurs qui trouvent de grandes difficultés en termes de fluidité pour passer d’une “Halqa” à une autre, en raison de l’encombrement provoqué et dû essentiellement à l’émergence de nouveaux métiers sur ladite Place.

Ce constat amer a incité les conteurs, les musiciens, les charmeurs des serpents et les porteurs de singes à agir pour la création d’une structure qui rassemble tous les “hlayqiya” en vue de la défense de leur espace et de leurs droits sur la Place face à la situation de congestion qu’elle connaît, en raison de la présence d’autres professions. Cette structure se donne aussi pour mission l’amélioration de la situation sociale des professionnels du ”spectacle”.

Dans le souci de préserver ce qui restait de la belle époque de ladite Place, plusieurs autres associations ont vu le jour avec pour mission principale de défendre les “hlayqiya” qui étaient confrontés à de nombreux problèmes, ce qui exigeait l’intervention rapide des parties responsables de la Place et de la sauvegarde du patrimoine culturel pour mieux “immuniser” les espaces dédiés à ces “hlaqiya” et faiseurs de spectacles et, partant, leur assurer une vie digne et un revenu décent.

Une entreprise qui n’est nullement aisée si on doit noter parallèlement cet impératif majeur de veiller également à la préservation du patrimoine populaire authentique, dont les diverses facettes et manifestations à caractère spectaculaire ont commencé à disparaître en silence, alors qu’une multitude de ces “Halqa” étaient reconnues pour leur place de choix au cœur de la célèbre Place Jamaa El Fna.

Dans ce sens, la présidente de l’association des artistes de la Halqa, du spectacle, du patrimoine et de tous les arts de la Place Jamaa El Fna, Mme Meriem Amal, a indiqué que la “Halqa”, qui représentait un grand symbole de la culture populaire pour tout visiteur, peine aujourd’hui à préserver sa place, ajoutant que ce genre de spectacle constitue un modèle unique témoignant de l’effervescence et de la richesse de l’offre culturelle, puisque le public assistait, de longues heures durant, à divers spectacles plus fascinants et envoûtants les uns que les autres.

Dans une déclaration à la MAP, elle a rappelé que la Place Jamaa El Fna, était réservée aux “hlayqiya” qui s’y relayaient jour et nuit pour présenter leurs spectacles, sans être “harcelés” ou menacés dans leur gagne-pain par d’autres professions qui ont pris d’assaut cet espace.

Mme Amal a, en outre, déploré que la “Halqa” a perdu plusieurs de ses aspects et ingrédients qui en faisaient un magnifique spectacle populaire sur la Place, laquelle est envahie aujourd’hui par les kiosques dédiés à la restauration, les tatoueuses au henné et d’autres métiers. “Nous ne disposons désormais que de 5% de la superficie de la Place avec un total de 160 personnes qui animent les Halqa restantes”, a-t-elle précisé avec regret et amertume.

Dans ce cens, elle a appelé à la fédération des efforts de l’ensemble des acteurs pour la réhabilitation de la Place et la promotion de son rôle éducatif et de sa mission culturelle à travers la création d’une institution qui sera chargée de la gestion des affaires des “hlayqiya” et de l’amélioration de leur situation sociale, en mettant sur pied une Caisse qui garantira des revenus mensuels à ces conteurs qui se comptent désormais sur les bouts des doigts.

Face à la situation que vit actuellement l’art de la “Halqa” et ses pionniers sur la Place Jamaa El Fna, force est de constater qu’il est devenu crucial de réhabiliter la “Halqa” et de lui redonner ses lettres de noblesse, ce qui permettra de mieux embellir ladite Place qui regorge aujourd’hui d’une multitude de métiers qui ont lourdement affecté l’authenticité de cet espace fascinant ainsi que tous les efforts déployés en vue de la préservation de cet art et patrimoine oral authentique.

 

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