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Le soulèvement de 1952 à Casablanca: Une épopée nationale au retentissement maghrébin

MAGHREB Z- NEWSLETTER (matin) / 08 décembre 2018 - Par: Amrani
Le soulèvement de 1952 à Casablanca: Une épopée nationale au retentissement maghrébin

Soixante-six ans après les événements de 1952 de Casablanca, Haj Abbas, ancien résistant octogénaire, se souvient toujours de cette page glorieuse écrite par la résistance nationale témoignant de la solidarité des Marocains avec le peuple tunisien au lendemain de l’assassinat du leader syndicaliste maghrébin, Ferhat Hachad, l’évoquant avec fierté et enthousiasme.

Il avait à peine 22 ans lorsque les habitants du quartier Hay Mohammadi de la ville blanche, fief historique du mouvement ouvrier et de la résistance, ont fait circuler l’information annonçant l’assassinat de Farhat Hachad et l’appel des leaders nationaux et syndicalistes d’observer une grève générale en solidarité avec le peuple tunisien.

Haj Abbas, qui était un cadre du parti de l’Istiqlal à Hay Mohammadi, explique qu’à l’époque les ouvriers et les jeunes ont appelé à des manifestations qui ont vite tourné à de violents affrontements avec les forces d’occupation causant la mort de plusieurs martyrs et des dizaines de blessés.

“Après que l’organisation main rouge a assassiné le syndicaliste Farhat Hachad, le collectif général des syndicats marocains a appelé la classe ouvrière et tout le peuple marocain à une journée de deuil national le 8 décembre et à une grève générale outre un rassemblement organisé la veille au boulevard la salle (Farhat hachad actuellement)” , rappelle cet ancien résistant, ajoutant que “les forces coloniales ont violemment chargés les manifestants causant la mort de plusieurs d’entre eux”.

Les affrontements se sont poursuivis le lendemain et la mobilisation a été générale pour apporter secours aux blessés dans les agressions des forces coloniales contre des personnes sans armes s’attaquant même aux cortèges funèbres.

Un climat très tendu s’est installé durant cette période, surtout après l’arrestation arbitraire de leaders du mouvement national, dont plusieurs ont été expatriés laissant un vide politique, relate Haj Abbas, observant que ce vide a donné naissance à une nouvelle génération de leaders qui ont insufflé un nouvel élan à la lutte armée, particulièrement après l’exil forcé de feu Mohammed V.

Abondant dans le même sens, Mohamed Maarouf Dfali, enseignant de l’histoire contemporaine à la faculté des Lettres Ain Chock, qui estime que ce soulèvement constitue ”une étape phare” dans histoire contemporaine du Maroc.

Il a, à cet égard, expliqué que le mouvement de résistance a connu trois étapes clés: en 1947 à Derb Elkébir et Ben Msik, marquée par les tentatives des forces coloniales d’avorter la visite historique de feu Mohammed V à Tanger, le soulèvement du 7 et 8 décembre et l’exil de Mohammed V.

Selon ce chercheur, le soulèvement de Casablanca demeure ”la plus importante étape” de cette lutte, car elle a provoqué des mutations majeures ayant suivis “les actes de harcèlement à l’encontre du mouvement national, notamment des menaces d’exil de la part du général à l’encontre de feu Mohammed V pour l’obliger à accepter les réformes dictées par la puissance coloniale”.

Ces éventements, expliquent-t-il, ont traduit de façon concrète les liens solides entre les pays du Maghreb dans sa lutte conte l’occupant, soulignant que ce qui s’est produit les 7 et 8 décembre était ”un pas qualitatif” pour la question nationale qui a bénéficié d’un large soutien dans le monde et même de la part de français résidant au Maroc et en France.

D’autre part, ajoute M. Dfali, les autorités françaises ont continué leurs attaques contre les Marocains en arrêtant un grand nombre de citoyens, en fermant les sièges de plusieurs partis et mettant fin à la publication des journaux, ce qui a créé une nette conviction chez les jeunes de la nécessite de passer à la riposte armée.

Pour sa part, l’ancien résistant, Bouchaib Asfiren a indiqué que le Maghreb arabe était, à l’époque, unifié autour d’un même objectif qui est la lutte contre le co‐ lonialisme, au Maroc comme en Algérie et en Tunisie, car le slogan branlé lors des événement de 1952 était “vive l’unité maghrébine et abats le colonialisme”.

Il se souvient que les habitants de Derb Ghalef sont sortis dans les rues pour manifester en solidarité avec le peuple tunisien et exprimer les liens de solidarité unissant les pays du Maghreb, ce qui a donné lieu à des affrontement avec les forces du protectorat qui ont arrêté et tué des dizaines de manifestants.

M. Asfiren, indique que l’encadrement des partis nationaux a permis de susciter chez les jeunes une grande conscience patriotique, ce qui a contribué à la mise en place d’un mouvement de résistance ayant réussi à faire face aux manœuvres du protectorat.

“J’étais parmi ceux qui ont vécu de près ces évènements adhérant pleinement à la lutte contre les colons par diverses manières” , a-t-il dit.

Cet ancien résistant, qui a été encouragé par son grand frère dans sa lutte, estime que le soulèvement de Casablanca est ”le point de départ” de l’action de la lutte armée contre le protectorat, car le mouvement national a compris que la France ne voulait pas la paix, a mis en place des cellules et a renforcé l’encadrement des résistants avant de passer à la lutte armée d’abord contre ceux qui travaillaient pour le compte des colons puis contre les étrangers représentants du protectorat.

La lutte armée déclenchée par la résistance a abouti finalement au retour de feu Mohammed V et a accéléré l’indépendance du Maroc , ce qui n”’était pas chose aisée” , car elle n’a été possible que par “l’effusion du sang, la souffrance et la mort de martyrs” , a-t-il poursuivi, appelant les jeunes ”à aimer leur patrie et s’armer du savoir pour le bien du pays”.

Par Nezha Boulanda

 

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