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Les porteurs marocains de “M6 Tanger Tech” dans la tourmente

ÉCONOMIE Z- NEWSLETTER (matin) / 18 juillet 2018 - Par: LAVERITEHEBDO.COM
Les porteurs marocains de “M6 Tanger Tech” dans la tourmente

Nous sommes nombreux, dans les média, à avoir cru en l’effet redresseur du syndrome Talsint. On s’était bien dit que la leçon est, depuis cet épisode malheureux, bien retenue. Depuis cette séquence historique, qui nous a été préjudiciable à maints égards, nous avons pu découvrir du gaz — plusieurs gisements substantiels — et l’on s’est gardé de manifester toute forme de célébrations euphoriques et triomphalistes.

La leçon avait apparemment servi. Les autorités marocaines ne veulent plus, dans ce genre de réalisation grandiose faire des discours, à l’instar des officiers mandarins de la Chine ancienne, qui annoncent des victoires avant même de livrer des batailles.

«Nous nous réjouissons…, de t’annoncer, cher peuple, la bonne nouvelle de la découverte du pétrole et du gaz, de bonne qualité et en quantités abondantes, dans la région de Talsint dans les provinces de l’Oriental qui nous sont si chères.» C’est en ces termes que SM le Roi avait annoncé solennellement le 20 août 2000 la découverte lors du discours qui marquait à la fois le 47ème anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple, et le 37ème anniversaire du Souverain. La suite de l’histoire fut moins heureuse.

Le pétrole de Talsint s’est évaporé. La parole du chef de l’Etat a été engagée à la légère. Les responsables de ce ratage historique ont fait endosser la responsabilité à Youssef Tahiri, ministre de l’énergie et des Mines. Celuici, désavoué, traîné dans la boue, isolé, est mort de peine et de tristesse avant de décéder, à l’âge de 55 ans, le 17 octobre 2004, dans un tragique et banal accident de voiture sur la route nationale reliant Casablanca à El Jadida. Et, depuis, nous espérions de tout cœur, ne voir plus des responsables irresponsables rôder autour du symbole de l’Etat et l’engager dans des processus indignes de sa caution royale.

De nouvelles défaillances

Et voilà qu’on nous annonce ces jours-ci la désertion du groupe Haite. Le Desk fut le premier organe de presse à mettre en doute la fiabilité de ce groupe. Sans susciter pour autant la moindre réaction des parties prenantes – aussi bien privées que publiques- .Ensuite c’est TelQuel qui a révélé la désertion des porteurs du projet de la cité tangéroise « Mohammed VI Tanger Tech ». Pour nous rassurer, on indique aux armateurs des supputations et autres conjectures que les responsables cherchent de nouveaux investisseurs chinois.

Une mission loin d’être aisée, d’autant que les entreprises de l’empire du Milieu se voient désormais imposer des restrictions sur l’investissement à l’étranger dans l’immobilier.

Dans son enquête publiée à la fin du mois de juin, TelQuel révélait que le groupe chinois Haite, annoncé initialement comme le porteur de la cité industrielle Mohammed VI Tanger Tech, abandonnait le projet. « Il faut en effet oublier le groupe Haite », reconnaît aujourd’hui une source autorisée. Problème : d’où proviendront les dix milliards de dollars nécessaires à la construction de la méga-cité, qui promettait 100.000 emplois et 200 usines ? Surtout que BMCE Bank et la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, les deux actionnaires de la société en charge du projet (Société d’aménagement Tanger Tech), n’ont pas les épaules pour poursuivre l’aventure seuls.

Benjelloun ne fait plus mention du groupe Haite « La société d’aménagement continue ses contacts. De gros partenaires et investisseurs chinois sont intéressés », promet une source proche du dossier en tressant des lauriers aux futurs partenaires potentiels.

Parmi ces investisseurs : China State Construction Engineering Corporation, une entreprise. Mais toute cette animation médiatique ne contribue guère à l’avancement du projet qui avait reçu l’onction royale Dans une déclaration écrite adressée à la presse, le président de BMCE Bank Othman Benjelloun rassure sur l’avenir de la cité Mohammed VI Tanger Tech, projet qui bute sur des obstacles qu’on cherche visiblement à évoquer en toute transparence.

Face au charivari médiatique que risquait de soulever la défection de Haite, Othman Benjelloun, revêtant sa casquette de président de la Société d’aménagement de la cité Mohammed VI Tanger Tech (SA-TT), s’est contenté d’adresser à la presse une déclaration écrite sur l’état d’avancement du projet où la logorrhée démagogique a dominé le texte.

« En lançant le Projet de CITE MOHAMMED VI TANGER TECH, le Royaume du Maroc a engagé ses forces vives, à la fois dans le secteur public et privé, dans un programme d’impulsion économique inédit, aux multiples dimensions et d’une portée extraordinaire sur les 10 à 15 prochaines années », écrit Othman Benjelloun, expliquant plus loin que des conventions ont été conclues avec certains investisseurs, comme Lear, Yazaki, Dicastal ou encore BYD Auto Industry.

Le président de SA-TT écrit aussi que des études ont été confiées au cabinet américain AECOM et à BCG pour la réalisation des études de marché ainsi qu’au bureau d’études marocain CID. « Nombreuses sont aujourd’hui les manifestations d’intérêt exprimées par des partenaires potentiels de stature internationale, souvent à capitaux publics, avec lesquels des discussions ou des négociations sont engagées », poursuit Benjelloun, citant l’entreprise China State Construction Engineering Corporation comme « le plus récent en date ».

Dans cette déclaration de cinq pages, il n’est pas fait mention du groupe chinois Haite, pourtant annoncé initialement comme le porteur du projet avant de disparaitre dans la nature, obligeant BMCE Bank et la région de Tanger-Tétouan-Al Houceima à poursuivre l’aventure seuls. Dans sa déclaration, Othman Benjelloun n’explique pas les raisons du désistement du groupe Haite.

Les grands projets du Maroc de Mohamed VI ne doivent plus pâtir de ces fréquentations affairistes qui surprennent le sommet de l’Etat au milieu du gué. Car ces projets s’inscrivent dans une dynamique de continuité et de complémentarité qui ne saurait supporter des temps d’arrêt plus ou moins longs en fonction du temps nécessaire à trouver des solutions de rechange.

Il faut savoir accompagner l’ambition du Royaume qui doit assumer ses responsabilités de pays émergent sans pétrole ni gaz. La mise en valeur des intérêts vitaux des régions du Maroc et la réalisation des priorités stratégiques de l’Etat, réclame des hommes et des femmes d’une autre stature que celle jusqu’ici déclinée par MM Othman Benjelloun et Ilyes El Omari.

 

Par Mohammed Taoufiq Bennani

 

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