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Nora Noor: Une Marocaine qui milite pour les droits des migrantes

CULTURE Z- NEWSLETTER (apm) / 06 décembre 2018 - Par: LA VÉRITÉ avec MAP
Nora Noor: Une Marocaine qui milite pour les droits des migrantes

A cheval entre la France et la Belgique, sa caméra à l’épaule, la photographe portraitiste française d’origine marocaine, Nora Noor, mène une lutte sans merci pour casser les stéréotypes sur les femmes dans le monde de la publicité et défendre leur droit à une présence affirmée dans l’espace public au même titre que les hommes.

“En tant que photographe féministe, j’ai décidé de militer pour changer certains aspects touchant aux femmes” , souligne Nora, invitée récemment par la Fondation Ibn Rochd pour la pensée libre à Berlin, où elle a présenté un exposé sur les femmes dans l’espace public.

Elle affirme dans un entretien à la MAP avoir commencé par une série d’ateliers de photographie sur la discrimination des femmes à la Maison des Femmes de Schaerbeek, à Bruxelles et “nous avons élaboré des publicités contre la discrimination, une expérience très riche pour moi” , relève-t-elle.

Ainsi, l’action de la militante associative franco-marocaine a été axée sur la défense de la présence des femmes dans la sphère publique, qui est toujours réservée à la gent masculine. “La plupart des lieux publics portent les noms d’hommes et souvent l’on y érige des monuments et des statues de combattants et de soldats” , explique Nora Noor.

“Que faisons-nous dans ces espaces, nous travaillons, bougeons, fêtons, nous nous exprimons, les lieux publics sont toujours des endroits créés par l’homme pour les hommes, mais ces lieux ont besoin de femmes!” , affirme-t-elle.

A ses yeux, les femmes participent activement à l’animation de la sphère publique sur les plans social, économique et politique, mais “elles n’ont aucun privilège” et leur présence est confrontée à de nombreuses restrictions et interdictions. “L’espace public consacre la discrimination entre les deux sexes.

Dès l’enfance, les garçons monopolisent les jeux de rue, tandis que les filles n’occupent pas une grande partie de cet espace” , explique cette militante féministe, faisant observer que les transports publics demeurent des espaces peu sûrs pour les femmes et les publicités discriminatoires sont fortement présentes sur les murs et dans les bus.

Dans ce contexte, Nora Noor a travaillé avec des femmes migrantes à Bruxelles dans le cadre de l’Association de solidarité de la femme arabe-Belgique (AWSA-Be), en se focali‐ sant particulièrement sur la place de la femme dans la sphère publique en remettant en question et en démantelant les stéréotypes et les idées préconçues.

Pour briser les tabous et les différents stéréotypes liés au genre, Nora Noor a accompagné les travailleuses migrantes bruxelloises pour investir des cafés prétendument réservés aux hommes. “Nous allons dans des cafés fréquentés par des hommes, nous nous asseyons comme des hommes dans la rue, nous parlons, rions et surtout regardons, c’est intéressant” , explique-t-elle.

Nora Noor, photographe portraitiste, a conçu un programme éducatif pour les femmes arabes qui exercent la photographie ainsi qu’une campagne contre la discrimination entre les sexes en collaboration avec la Maison des femmes de Schaerbeek, en région bruxelloise. Elle estime que la publicité a “chosifié le corps des femmes qui y sont souvent présentées comme passives et vulnérables face à des hommes forts” , révélant que les logiciels de montage photo créent des corps telles des poupées “Barbie” qui n’existent pas dans le monde réel.

L’artiste marocaine est lauréate du concours photo “Femmes d’exception : en finir avec les stéréotypes dans la région euro-méditerranéenne” , organisé cette année par la Fondation des femmes de l’Euro-méditerranée pour son portrait de la dramaturge, écrivaine et réalisatrice libanaise Hanan El-Hajj.

Sa caméra immortalise des moments de vie de femmes aux parcours multiples et brise les tabous dans l’espoir de voir un jour émerger une génération de femmes pleinement libres et capables d’imposer leur présence dans l’espace privé et public.

Par Fatima Timjerdine

 

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