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Pourquoi l’opposition au Maroc est si faible

À LA UNE / 06 juillet 2018 - Par: Amrani
Pourquoi l’opposition au Maroc est si faible

L’opposition au Maroc a été réduite à sa plus simple expression. Elle se cantonne dans un espace politico-social qui en dit long sur ses soubassements intellectuels et idéologiques. C’est une opposition si faible qu’elle se fait actuellementent manipuler par la composante populo-religieuse de la scène politique animée conjointement par le courant Benkirane au sein du PJD et le mouvement Al Adl Wal Ihsane.

Cette opposition dite progressiste est d’un suivisme aveugle sur tous les dossiers autour desquels s’activent les conservateurs pour régler des comptes historiques ou conjoncturels. Ses têtes visibles réagissent en écho sur tous les fronts où l’Etat se déploie pour assumer ses responsabilités. Notamment le fameux Hirak où l’opposition s’est érigée en contradicteur de la justice marocaine. En trouvant justification à toutes les dérives identitaires des meneurs du Hirak qui mettent en question ostensiblement l’intégrité territoriale du royaume et son unité nationale. On trouve dans cette opposition oppositionnelle, des éléments résiduels de la gauche dite radicale – parmi lesquels Abdellatif Laâbi symbole de l’opposition utopique du milieu des années soixante et qui s’était fait régler, par la nouvelle ère, rubis sur ongles le prix de sa détention politique – et des éléments éloignés du dossier mais qui n’hésitent pas à condamner l’Etat marocain sous l’inspiration d’une narco-opposition de la diaspora, elle-même impliquée dans l’exacerbation des revendications et la politisation de ces dernières! Une communication, hélas, défaillante, et en tout cas inefficace, a laissé passer nombre de déclarations fieleuses sur ce registre sans réagir. Sauf pour le côté diplomatique qui a conservé les normes de sa réactivité. Pour le reste l’Etat a pratiquement laissé faire. Y compris lorsque cette opposition cherche à s’accaparer le mouvement du Boycott.

Elle vient de se manifester à travers un « Communiqué à propos de la campagne » signé par une soixantaine de politiques, acteurs de la société civile et chercheurs. Les auteurs disent vouloir « Attirer l’attention sur la gravité de la situation actuelle de notre pays, dont la campagne de boycott ne constitue qu’une des manifestations saillantes ». On retrouve parmi la soixantaine de figures de la société civile marocaine, d’intellectuels et de personnalités qui ont cosigné ce communiqué, l’homme d’affaires Karim Tazi, le député Omar Balafrej ou encore l’ancien président de la CGEM, le syndicat patronal, Hassan Chami.

Oublieux de la genèse de la campagne?

Rappelons-nous des faits et de leur évolution. Ils remontent donc au 03 février dernier, quand Abdelilah Benkirane, toujours remonté à bloc contre celui qui l’empêcha de former un nouveau gouvernement, avait pris la parole lors de l’assemblée de la jeunesse du PJD alors qu’il n’exerçait aucune fonction officielle au sein du parti.

Abdelilah Benkirane a lancé une attaque fulgurante contre Aziz Akhannouch, président du RNI et ministre de l’agriculture et de la pêche, qui était en train de réorganiser son parti dans la perspective de faire face aux élections législatives de 2021 qui vont déterminer la désignation par le roi du futur chef du gouvernement. Benkirane fit remarquer à Akhannouch que le mariage entre politique et affaires constitue un danger pour l’Etat. Quelques jours plus tard, le journal Akhbar Al Youm, devenu le porte-parole de Benkirane depuis la disparition de Attajdid organe du PJD, a publié un éditorial, emboîtant le pas à l’attaque du leader islamiste, intitulé «le pouvoir de l’argent et l’argent du pouvoir», soulignant que leur mariage était à l’origine de tous les maux.

Actuellement, Taoufiq Bouachrine qui a toujours soutenu Benkirane est poursuivi en état d’arrestation pour « viol, tentative de viol et trafic d’êtres humains ». Il est soutenu par les mêmes promoteurs du soutien de la campagne anti capital national et anti investissements français.

Un comité de recherche de la Vérité est même constitué pour instruire une affaire entre les mains de la justice et pour exprimer la suspicion sur des éléments de l’accusation jugés prématurément préfabriqués. Du coup Benkirane, qui s’est trouvé dépourvu du soutien de son principal allié dans la presse, fait recours à des organes de presse qu’il suspectait de proximité avec ses adversaires politiques. Comme c’est le cas de Chouf tv qui avait pris parti pour Chabat dans le conflit qui opposait celui-ci à l’ancien chef du gouvernement.

Dans la déclaration faite par Benkirane à Chouf TV, l’ancien chef du gouvernement a délibérément explicité les noms de Aziz Akhannouch et Miriem Bensalah, comme autorisant les boycotteurs à sévir contre leurs intérêts au prétexte qu’ils ” sont en mesure de se défendre”. Tout en avouant que ce sont des raisons politiques qui sont derrière l’attitude des boycotteurs, Benkirane a paru ostensiblement discriminatoire en appelant solennellement à épargner une entreprise étrangère tout en montrant qu’il se soucie comme d’une guigne des entreprises nationales en danger de mort.

A présent Mme Bensalah et M. Akhannouch sont avertis et savent se qu’il leur reste à faire: résister avant de donner la parade. Sous la bonhomie qu’ils affichent vit en retrait ce qu’ils sont réellement: des êtres élevés à la dure. Habitués par les pères fondateurs à faire face au mauvais temps et aux ouragans. On croyait ce qui reste de cette opposition assez pertinente pour tourner à son avantage cet épisode de la vie politique et économique de notre pays en prenant ses distances par rapport aux manipulations politiciennes, en essayant de récupérer intelligemment l’exaspération des couches moyennes face à la dégradation du pouvoir d’achat, mais pour des produits de première nécessité et des prestations dont on maîtrise les composantes localement. Et non des produits comme les hydrocarbures dont les augmentations à la pompe sont inéluctables parce que déterminées par le prix du baril au trend haussier ces jours-ci.

C’est gravissime que ceux qui s’autoproclament élites de ce pays suivent sans discuter un ancien chef de gouvernement, qui, lui, connaît parfaitement ce dossier, et pourtant il veut exploiter un événement conjoncturel pour régler des comptes politiques en s’emparant d’une exaspération floue au départ, s’appuyant plus sur les frustrations sociales, la haine des riches, et finir par la développer, et la mettre au service d’une vengeance inassouvie. Tout cela se déroule au moment où les prix mondiaux sont en hausse constante et pourraient atteindre les 90 dollars le baril d’ici l’automne.

Des alliances contre nature

Voilà que des boycotteurs opportunistes se mettent eux aussi à évoquer la décompensation de Benkirane et ses effets pervers. Personne n’a imaginé, du moins ceux qui ont été séduit par le discours moralisateur de Benkirane, qu’un jour le PJD puisse se rapprocher du PAM. Cela eut lieu plus vite qu’on le pensait. Ces retrouvailles ont pu avoir lieu à l’occasion des complots ourdis contre Aziz Akhennouch. Bouanou a même utilisé des procédés honteux qui en disent long sur son éthique. Président d’une commission parlementaire, il a préféré mettre le rapport de celle-ci sous le coude et utiliser un rapport de l’administration. “Il y a une société de distribution qui a multiplié ses gains par trois, passant de 3 milliards à 9” a-til péroré sous l’hémicycle et en dehors.

La toile s’en est emparée, les armées virtuelles du PJD en premier contre, Aziz Akhennouch. Ce n’est qu’une semaine plus tard que Bouanou déclare qu’il s’agit de Total.

Un tel manque d’éthique aura, à n’en point douter, son coût politique. Un parti en mal de légitimité et peinant à faire oublier la fameuse manifestation de Casablanca plus connue sous le nom de “Zeroual” organise une “marche” avec 32 pick up, exclusivement contre Aziz Akhennouch. Nul besoin de signer le délit. Son auteur est identifié, de même que son nouveau mentor: C’est le PAM qui vient à la rescousse de Benkirane et son courant au sein du PJD conte l’ennemi commun qu’est Aziz Alhannouch et son RNI conquérant.

Pourquoi cette non reconnaissance à tout succès de l’Etat?

L’opposition, à laquelle appartient partiellement et épisodiquement le courant de Benkirane au PJD, dénigre tout succès de l’Etat. Qu’on ne se fasse pas des illusions.

Vous ne les verrez jamais se réjouir, par exemple, de “la capacité du Maroc à réaliser des infrastructures mise en exergue par le G20. En effet ce dernier vient de citer le Royaume comme l’un des meilleurs dans ce domaine parmi les économies émergentes. Dans deux études publiées juste mardi 3 juillet, le Global Infrastructure Hub, une initiative du G20, souligne que la performance du Maroc dans les domaines de la politique d’infrastructures “était généralement supérieure aux niveaux moyens enregistrés dans les autres économies émergentes étudiées”. Le besoin d’investissement dans les infrastructures dans 10 pays africains est évalué à 2,4 billions de dollars d’ici 2040, souligne l’une des études. Et ce dans le cas où ces pays “veulent suivre le rythme de la croissance économique et combler les lacunes en matière d’infrastructures”.

Pour le G20, le Maroc a réalisé une performance ” forte” dans la passation des marchés pour les projets d’infrastructures. L’une des études note ainsi que le Royaume et le Rwanda réalisent des “performances remarquables, marquées par l’amélioration de la qualité de leur réglementation, de l’état de droit et des cadres d’investissement et de concurrence”.

Demandez à l’un des animateurs de cette opposition composite, sans vision cohérente et sans alternative à proposer, de trouver la trace d’un succès à mettre à l’actif de l’Etat en matière de diplomatie. On vous répondra qu’il n’existe nulle part pareil apport positif. Y compris pour l’Afrique présentée par le régime comme le succès retentissant de ce règne, on vous rétorque que depuis cette réadmission rien d’important ne se produit, bien qu’au début de cette même semaine le rapport présenté par le président de la Commission de l’UA est favorable au Maroc et illustre, encore une fois, le retour gagnant de royaume au sein de l’instance panafricaine.

La reconquête de l’Afrique est délibérément sous-estimée

Présenté le 1er juillet en Mauritanie lors du 31e Sommet de l’Union africaine, le document propose d’appuyer le processus de négociations dans le cadre de l’ONU, au lieu d’imposer une initiative parallèle africaine. C’est donc un développement très favorable pour le Maroc qui ne reconnaît que le processus des Nations Unies, actuellement piloté par l’ancien président allemand Horst Köhler. À Nouakchott, le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, se contente d’appeler à la mise en place d’un mécanisme africain qui, tout au plus, aurait pour tâche d’appuyer le processus onusien. Ce mécanisme africain serait porté par les dirigeants de l’UA et les chefs d’État du continent. Moussa Faki Mahamat souligne «la nécessité pour l’UA d’inscrire sa démarche dans le cadre d’un appui renforcé aux efforts des Nations Unies, pour accroître leur chance d’aboutissement. En d’autres termes, il ne s’agirait pas pour l’UA de développer un processus parallèle à celui des Nations Unies». En outre, le Conseil de paix et sécurité de l’UA (CPS) ne devrait plus avoir voix au chapitre sur cette question, qui serait désormais du seul ressort de la Conférence des chefs d’État.

Et pendant que la nouvelle opposition au Maroc distille au jour le jour en direction de l’opinion un discours qui rabâche l’inutilité pour l’Etat d’encourager des investissements en Afrique, les observateurs constatent que depuis qu’il a regagné l’instance continentale, le royaume, désormais associé à toute initiative interne concernant le Sahara, parvient très subtilement à faire pencher la balance en sa faveur.

Par Mohammed Taoufiq Bennani

 

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